Fusionner plusieurs fichiers GPX en un seul semble trivial : on concatène des blocs XML, on exporte. La réalité technique est moins linéaire. L’ordre temporel des segments, la préservation des balises d’altitude, le traitement des chevauchements entre traces modifient le résultat final de façon parfois invisible, jusqu’à ce qu’un GPS de randonnée affiche un profil altimétrique aberrant ou qu’une vitesse moyenne perde tout sens. Cet article compare les méthodes de fusion GPX sous l’angle des données réellement conservées après l’opération.
Balises XML à surveiller avant de combiner des fichiers GPX
Un fichier GPX repose sur trois types d’éléments : les routes (rte), les traces (trk / trkpt) et les waypoints (wpt). Chaque point de trace peut embarquer une balise <ele> pour l’altitude et une balise <time> pour l’horodatage.
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Le piège principal lors d’une fusion tient à ces deux balises. Si l’outil utilisé réécrit ou supprime les balises ele et time, la trace fusionnée perd son historique d’altitude et devient inutilisable pour toute analyse de vitesse. Immersive Lab recommande de vérifier ces balises dans le fichier fusionné et de désactiver toute correction d’altitude automatique avant export.
Un second problème concerne la séquence temporelle. Si le dernier horodatage du fichier A n’est pas antérieur au premier horodatage du fichier B, certains outils interprètent un chevauchement. Ils peuvent alors réécrire la chronologie entière, ce qui perturbe l’ordre réel du parcours. Avant toute fusion, ouvrir les fichiers dans un éditeur de texte et vérifier que les timestamps se suivent sans recouvrement reste la méthode la plus fiable.
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| Balise GPX | Rôle | Risque en cas de fusion mal gérée |
|---|---|---|
<ele> |
Altitude de chaque point | Profil altimétrique faux ou absent |
<time> |
Horodatage de chaque point | Vitesse moyenne incohérente, chronologie cassée |
<trkseg> |
Segment de trace | Segments multiples au lieu d’une trace continue |
<wpt> |
Points d’intérêt | Waypoints perdus si l’outil ne fusionne que les tracks |

Fusion GPX en ligne ou locale : ce que chaque méthode préserve
Les outils en ligne comme iloveGPX ou le GPX Viewer & Merger de Komoot traitent la fusion directement dans le navigateur. Aucun fichier n’est envoyé sur un serveur distant, ce qui répond à une préoccupation de confidentialité pour les utilisateurs qui enregistrent leurs trajets quotidiens.
En revanche, ces outils proposent généralement deux modes de fusion. Le premier, souvent appelé « simple merge », concatène les segments bout à bout. Le second, de type « smart merge », tente de connecter intelligemment les segments en insérant des points intermédiaires entre la fin d’une trace et le début de la suivante.
- La concaténation simple conserve fidèlement les données brutes de chaque fichier, mais laisse un « trou » visible sur la carte si les traces ne se rejoignent pas géographiquement.
- La fusion intelligente comble ce trou, mais peut injecter des points artificiels sans altitude ni horodatage, ce qui fausse le dénivelé cumulé et la distance totale.
- Les logiciels desktop comme OkMap permettent de copier les traces dans un fichier GPX unique, puis de créer une « trace JOIN » qui réunit tous les segments. Cette approche offre un contrôle point par point, mais demande plus de manipulation.
Le choix entre ces méthodes dépend de l’usage final. Pour un simple fichier de navigation, la concaténation suffit. Pour une trace destinée à l’analyse sportive (dénivelé, allure par kilomètre), la vérification manuelle des points injectés est indispensable.
Combiner des traces GPX exportées depuis Strava ou Garmin
Strava ne propose pas de fonction native pour fusionner des activités dans son interface. Son centre d’aide redirige vers des solutions externes selon le format : les fichiers GPX et TCX passent par GOTOES, tandis que les fichiers FIT nécessitent un autre outil. Point à noter : une fusion Strava entraîne la perte des kudos et commentaires associés aux activités d’origine.
Garmin Connect permet d’exporter chaque activité en GPX. La fusion se fait ensuite avec un outil tiers. Les fichiers exportés par Garmin contiennent habituellement les balises <ele> et <time>, ce qui facilite la préservation des données. Komoot propose également l’export GPX, et son outil de fusion en ligne gère aussi les formats KML et GeoJSON.
Cas pratique : bikepacking sur plusieurs jours
Un itinéraire découpé en fichiers Jour 1, Jour 2, Jour 3 illustre le scénario le plus fréquent. Chaque fichier a été enregistré avec un GPS différent ou à des heures différentes. La fusion doit respecter l’ordre chronologique strict.
Si les fichiers sont importés dans le désordre, l’outil peut produire une trace qui zigzague entre les jours. Trier les fichiers par date avant import évite ce problème. La plupart des outils en ligne permettent de réordonner les fichiers par glisser-déposer, mais aucun ne vérifie automatiquement la cohérence temporelle entre les segments.

Erreurs fréquentes lors de la fusion de fichiers GPX
La première erreur consiste à fusionner des fichiers qui mélangent routes (rte) et traces (trk). Ces deux types de données ne se combinent pas de la même façon. Une route est un itinéraire planifié, composé de points de passage. Une trace est un enregistrement réel. Les fusionner dans un même segment produit un fichier hybride que certains GPS refusent d’interpréter.
La deuxième erreur porte sur les waypoints. Beaucoup d’outils de fusion ne traitent que les éléments <trk> et ignorent silencieusement les <wpt>. Si vos fichiers contiennent des points d’intérêt (ravitaillements, bivouacs, points d’eau), vérifiez qu’ils apparaissent dans le fichier de sortie.
- Mélanger
rteettrkdans un même fichier fusionné provoque des erreurs d’affichage sur les GPS Garmin et Wahoo. - Les waypoints sont souvent supprimés par les outils qui ne fusionnent que les tracks.
- Un fichier GPX contenant plusieurs
<trkseg>non fusionnés apparaît comme plusieurs traces distinctes sur Komoot ou Strava, pas comme un itinéraire unique.
La troisième erreur, plus subtile, concerne les fichiers volumineux. Au-delà de plusieurs milliers de points par segment, certains outils en ligne ralentissent ou tronquent la trace sans avertissement. Un outil desktop gère mieux ces volumes.
Quel que soit l’outil choisi, ouvrir le fichier fusionné dans un visualiseur GPX avant de le charger sur un GPS reste la seule vérification fiable. Comparer le dénivelé total et la distance du fichier fusionné avec la somme des fichiers sources permet de détecter toute perte de données ou injection de points artificiels.

